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Du grec, "krino", la critique littéraire (qu'elle soit journalistique ou universitaire) a pour but "d'évaluer, de trier, et de juger". Dans la presse, les critiques émettent ainsi des jugements sur les livres qui paraissent, tranchant entre les "bons" et les "mauvais". De là plusieurs questions : d'où les critiques littéraires tirent-ils leur légitimité? Quel est leur poids sur le choix des lecteurs? Mais aussi quelle est l'indépendance des journalistes face aux maisons d'éditions? Ont-ils le droit déontologique de chroniquer des livres écrits par certains de leurs collaborateurs? Comment éviter les effets d'endogamie liés au petit milieu qu'est le milieu culturel, éditorial et journalistique?
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Misc infos
Location : Dans les studios de Webcastory
General tags :
critique littéraire, lire, connivence, littérature, romans, sollers, peras, Rue89

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Broadcast notes
Speakers (3)
Volunteers
Interested people
& Consultations
 
Format : Talkshow
Treatment : Debate
 
Speakers :

Du grec, "krino", la critique littéraire (qu'elle soit journalistique ou universitaire) a pour but "d'évaluer, de trier, et de juger". Dans la presse, les critiques émettent ainsi des jugements sur les livres qui paraissent, tranchant entre les "bons" et les "mauvais". De là plusieurs questions : d'où les critiques littéraires tirent-ils leur légitimité? Quel est leur poids sur le choix des lecteurs? Mais aussi quelle est l'indépendance des journalistes face aux maisons d'éditions? Ont-ils le droit déontologique de chroniquer des livres écrits par certains de leurs collaborateurs? Comment éviter les effets d'endogamie liés au petit milieu qu'est le milieu culturel, éditorial et journalistique?

Les intervenants

  • Hubert Artus, journaliste pour Rue89, tient le blog "Cabinet de lecture". Le Cabinet de lecture passe en revue l'actualité des parutions littéraires en France, propose des interviews avec des auteurs, des philosophes, des journalistes, mais s'intéresse aussi à tous les évènements, scandales touchant le milieu de l'édition.
  • Delphine Peras, journaliste à l'Express et au magazine Lire. Elle est l'auteur de nombreux articles et interviews ayant trait au monde de la culture et plus particulièrement de la littérature

 

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Comment from Virginie Beernaert: Les critiques littéraires sont des professionnels produits par et pour les médias : c'est donc normal que des questions sur leur objectivité et leurs influences apparaissent.Il semble qu’il y ait une sorte d’uniformisation de leurs goûts et de leurs jugements dans les rédactions culture. Certains auteurs et certains genres ne trouvent pas grâce à leurs yeux. C’est le cas du rap, dans le domaine de la musique, qui se fait la plupart du temps lyncher par des journalistes biberonnés au pop rock, comme le fait remarquer un journaliste à propos de Sylvain Siclier, journaliste au Monde.Le monde littéraire a aussi ses rappeurs, il suffit de relire les interviews de lynchés médiatiques réalisées par Médias : celle de Marc-Edouard Nabe et celle de Renaud Camus.   Comment from Elise Nebout: En effet, il y a la question de l'uniformisation sociale et culturelle des journalistes littéraires, uniformisation liée à leur origine sociale, culturelle, au fait qu'ils viennent des mêmes écoles, fréquentent les mêmes endroits et vivent, comme tout un chacun, en milieu clos, dans leur petite communauté d'intérêt ou professionnelle. Les journalistes s'adressent à des lecteurs mais aussi, et surtout, sans même s'en rendre compte, par une sorte de processus inconscient, à leur confrères, qui les jugent, au près desquels ils cherchent de la reconnaissance, des retours, du travail aussi!Ce sujet pose aussi la question, délicate, du jugement que l'on peut porter à une œuvre littéraire : qu'est-ce qu'un bon ou un mauvais livre?Quelle est la légitimité des critiques dans un monde où le "savoir" s'est démocratisé et a infiltré la société? A l'heure où une petite élite littéraire parait mal placée pour dicter aux gens ce qui est "bon" ou "mauvais" en matière de littérature? Les critiques ont pourtant un rôle important à jouer, celui de nous guider parmi l'importante masse de livres et de films à disposition. Comment from Virginie Beernaert: peut-être que pour échapper à la tutelle culturelle des journalistes il faut se tourner du côté de la presse très spécialisée qui fait un plus grand tour d'horizon littéraire que les journaux d'information générale : Lire, Le Magazine littéraire, Books,...Sinon moi j'aurai tendance à faire confiance à mes propres amis, voire aux réseaux sociaux. En ce moment, il y a ce site qui se développe. Mais pour visiter et participer à Sens critique, il faut réussir à obtenir une invitation! Comment from Elise Nebout: Vivement qu'on puisse y accéder! Je suis certaine que les médias sociaux et les communautés humaines qui y sont associées sont l'avenir de la critique littéraire (et de la société en général). Cela va dans le sens de ce que je disais : "Quelle est la légitimité des critiques dans un monde où le "savoir" s'est démocratisé et a infiltré la société?"La confiance est fondamentale, en effet, et c'est ce qui fonde toute légitimité : "tu es légitime car tu m'as prouvé que tu l'étais", pense chaque lecteur vis-à-vis des personnes, critiques ou amis, dont ils écoutent les critiques! Comment from Nicolas De Neef: Le temps de la verticalité de la critique, littéraire ou autre, est bel et bien dans ses dernières heures d'agonie. Bien sûr, il restera quelques Houellebecq pour prêcher la hiérarchie entre les sages d'abord, tout en haut, et puis les gueux... Mais dans la vraie vie réelle, la critique ce n'est déjà plus cela.La confiance, la crédibilité en une source par nos contacts est déjà entrain de devenir le nouveau paradigme d'une critique fonctionnant par agrégation d'intérêts... Et effectivement, comme ce modèle ressemble de près à ce qui faisait (fait encore ?) le sel des relations humaines véritables dans l'échange de perspectives critiques, le modèle du journaliste comme détenteur de vérité, de savoir et de pouvoir s'érode.Et puis contrairement au modèle ancien de la transmission médiatique de la critique, là on peut répondre, à égalité relative, du moins avec plus de chance d'être entendu que face à sa télé. Et contrairement audit modèle ancien, la discussion n'est jamais fermée...Pour avoir la chance de faire partie des beta-testeurs de Sens Critique (n'est ce pas Vi ;)...) je peux vous dire que, pour parler clairement, ça envoie le pâté. À une main, les yeux bandés et à 500m avec vent de face... Comment from Virginie Beernaert: @Nicolas : "les sages et les gueux", les médias et les gueux... ça me rappelle quelque chose.... Ah oui c'est le titre d'un chapitre dans Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi! (bas de la page 55 du PDF)c'est l'ouvrage de référence si on veut comprendre comment s'organise la connivence dans le milieu de la "critique littéraire" (si on peut encore parler de littérature à ce niveau-là...) Comment from Virginie Beernaert: Les nouveaux chiens de garde (morceau choisi) : "Pourquoi alors faut-il que chaque année ou, comme en 2004, deux fois par an, une machine médiatique qu'aucune intelligence ne peut arrêter puisqu'elle carbure à la connivence cherche à nous orienter vers de tels ouvrages? Avec l'ingénuité de l'octogénaire qui désormais peut tout avouer, Jean Daniel a raconté la scène dans ses Carnets. « 13 octobre 1999:Jean-Marie Colombani me demande "comme un service" de rendre compte dans Le Monde du livre d'Alain Minc sur Spinoza. Je n'ai pas encore donné de réponse. D'abord parce que le directeur du Monde n'a pas été poli ces derniers temps avec moi. Ensuite parce que je suis prévenu en défaveur de ce livre. Contre la présomption d'un essayiste qui philosopherait au-dessus de ses moyens? Gratuité duchoix de Spinoza après celui de Napoléon III? Prétexte à écriture, puisque tous les deux ans, paraît un livre de Minc, d'Attali, de Duhamel?» Ce n'est pas fini: « 14 novembre 1999 : Jean-Marie Colombani me demande encore de parler du Spinoza de Minc [....]. Point d'appareil critique, ni notes, ni rien de ce genre [...]. On m'a dit que de vrais jeunes philosophes avaient veillé à ce qu'aucune erreur fondamentale ne fût commise (14).» Les scrupules de Jean Daniel ne l'empêchèrent pas de rédiger la critique demandée. Ayant un peu tardé, il justifia son atermoiement: « Je crois être un lecteur plutôt boulimique et attentif. Mais je me demande vraiment comment font certains confrères. Comment ils s'y prennent pour lire un livre et, quarante-huit heures après sa publication, l'avoir digéré et enrendre compte.» Doit -on lui suggérer la réponse?"