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Quelle place occupe la photo dans nos journaux ? C'est la question que se posent le journal La Croix et Médias[2] dans cette émission réunissant trois photojournalistes. La presse quotidienne a-t-elle tendance à voir les photos comme de simples illustrations "assujetties" au texte? N'est-il pas nécessaire de repenser la structure visuelle des journaux, et ainsi le rapport entretenu entre les photos et les mots ?
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Location : Dans les studios de Webcastory
General tags :
photojournalisme, Capa, presse, La Croix, Jean-François Leroy, Noël Quidu, Photographie, image, mediastorm, iPad, sd
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Quelle place occupe la photo dans nos journaux ? C'est la question que se posent le journal La Croix et Médias[2] dans cette émission réunissant trois photojournalistes. La presse quotidienne a-t-elle tendance à voir les photos comme de simples illustrations "assujetties" au texte? N'est-il pas nécessaire de repenser la structure visuelle des journaux, et ainsi le rapport entretenu entre les photos et les mots ?

Qu'est-ce qu'une bonne photo de presse ? L'objectivité est-elle un mythe à dépasser ? Comment rendre compte de la "réalité" ? Où commence la désinformation médiatique en matière d'images ? 

Interroger la place de la photo dans les journaux, c'est questionner le statut de la photo de presse : son statut culturel, mais aussi son statut juridique, avec la question de la retouche, souvent abusivement utilisée par les journaux, et celle du droit d'auteur des photographes.

Les intervenants

  • Jean-François Leroy, a commencé sa carrière comme journaliste avant d'entrer à l'agence Sipa. Il est actuellement directeur général du festival "Visa pour l'image", consacré au photojournalisme.
  • Noël Quidu est entré à l'agence Gamma en 1988. Spécialisé dans les zones de conflits (de l'Afghanistan au Rwanda), il a notament été primé par le World Press Photo, qui soutient le développement du photojournalisme, par le Festival de Bayeux, et par le festival d'Angers. 
  • Gerald Holubowicz, photojournaliste basé a New York depuis 2006, où il travaille pour différentes agences européennes et américaines. Il tient le blog Bulb, où il explore les nouvelles voies de développement pour l'industrie photo.

Retrouvez sur www.la-croix.com, une enquête de Laurent Larcher, responsable des médias à La Croix, intitulée "Photo de presse, une image en crise".

 A lire sur www.revue-medias.com l'interview d'Hubert Henrotte, fondateur des agences Gamma et Sygma : "Le photojournalisme en danger de mort" 

 Ailleurs sur le web : 

  •  A propos de la crise du photojournalisme, écoutez aussi les interventions du colloque "Nouvelles perspectives pour les photographes professionels" qui s'est tenu fin mars 2010 au Sénat, organisé par l'école Louis Lumière.
  • Visual journalism, dans le Nieman reports, avec plein de bonnes idées venues de l'autre côté de l'Atlantique (Nieman fondation, Laboratoire sur l'évolution des médias, par Harvard)

 

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Comment from Virginie Beernaert: Il y a une crise de support mais aussi et surtout une crise de métier avec l'irruption de la figure de l'amateur. Le contributeur-amateur court-circuite l’économie traditionnelle du photojournalisme C'est ce que Sylvain Maresca met en avant sur son blog Culture Visuelle. Avec la démocratisation de l'appareil photo, chacun est capable de prendre une photo correcte (pour ne pas dire qu'actuellement il est quasi impossible de rater une photo, grâce au numérique et aux logiciels de retouche photo).L'avantage de l'amateur, c'est qu'il est partout et toujours armé, au minimum, de son téléphone portable-appareil photo. Un journaliste m'a répondu un jour qu'il était prêt à employer un non-professionnel du moment qu'il était prêt à fournir quelque chose d'inédit. Qu'importe la qualité.Face à cette explosion de l'offre, comment les photojournalistes peuvent-ils lutter? Qu'apportent-ils en plus? Comment from Gerald Holubowicz: Ouh la, faux! La photographie amateur, si elle continue d'exister dans le champ editorial a travers les photo "opportunistes" prises au cours d'évènements auxquels les professionnels n'ont pas accès au moment ou ils se produisent, ou si elle se développe dans le circuit du stock a travers Flickr/Getty et le Microstock, ne constitue guère une "irruption". L'amateur est une figure historique de la photo, d'Enrich Salomon a Lartigue en passant par des milliers de contributeurs anonymes genre Doisneau (oui il etait amateur, tout comme moi d'ailleurs avant que je ne devienne pro). Par ailleurs, s'il faut parler des amateurs, leur problème concerne plus le rôle de la photo de famille et de l'album photo - véhicule de la mémoire personnelle & familiale - qui disparait au fur et a mesure du temps. Ce bouquin poussiéreux n'était pas simplement le prétexte a d'interminables séances de consultation dignes des pires tortures, c'était aussi le dépositaire du parcours familial, un trésor sociologique, précurseur du journalisme participatif et qui constituait le fil rouge entre les générations. Facebook n'aura jamais ce rôle, quant aux millions images que nous détruisons chaque jour sans remords en ayant le sentiment qu'elles sont interchangeables... je ne'en parle pas. S'il y a un secteur de la photo auquel les amateurs devraient s'intéresser, c'est bien la documentation de LEUR réel - sur lequel nous travaillons peu. Enfin, et quand on discute avec les uns et les autres, on se rends vite compte que la première réaction a l'évocation du métier de photographe est enthousiaste, et que cet enthousiasme retombe vite lorsqu'on raconte la réalité du métier. Les amateurs dans leur grande majorite ne veulent pas être pros et ne constituent pas un danger, mais une source de revenus pour certains business. Comment from Elise Nebout: @ Gérald : Idée très intéressante que celle de "documentation de leur réel"! ça m'évoque le travail des "nègres pour inconnus", dont le rôle est de recueillir les souvenirs pour les écrire, comme le photographe, amateur ou pas, fige l'instant. @Virginie : tu parles de la facilité à prendre des photos, grâce aux technologies mobiles et autres : il me semble que le point de la retouche est crucial. Jusqu'où peut-on se permettre de retoucher une photo? A partir de quel moment le réel représenté est-il "trop" éloigné de la réalité - même si le concept de réalité est vague! - ? Quelles sont les attentes des journaux en la matière? Exigent-ils des photographes des photos aseptisées? Jusqu'où le photographe est-il décisionnaire en la matière? Souffre-t-il de ces contraintes?Ces questions relancent et procèdent du débat du rapport au réel, de sa représentation photographique, de la subjectivité (que certains voient d'ailleurs comme l'avenir du photo journalisme : l'engagement et l'émotion dans les photos pour se distinguer dans le "tsunami" d'images).Les images retouchées doivent-elles porter une mention spécifique?A quoi servent les photos dans les journaux? Simple illustration ou info à part entière? Et puis c'est quoi une "bonne" photo de presse? Comment from Elise Nebout: Que pensez-vous d'angler l'émission sur la place de la photo dans les journaux?Le sujet de la crise du photojournalisme et celui de la place des photos dans les journaux sont d'ailleurs deux sujets liés : on lit souvent qu'il ne s'agit pas tant d'une crise du photojournalisme ( qui serait très productif) que d'une crise de la presse : ce serait donc aux journaux de se remettre en cause, et pas les photographes... (mais n'est-ce pas un peu facile?)Et aux journaux, donc, de s'interroger sur la place qu'ils accordent à la photo ou sur les photos qu'ils choisissent : repenser la structure visuelle des journaux apparaît même, à certains égards, comme une porte de sortie à la crise de la presse elle-même : A titre d'exemple, Jacek Utko, désigner/éditeur à l'origine du design de plusieurs journaux en Europe de l'Est, a permis à plusieurs quotidiens polonais ou russes de voir leurs ventes augmenter de façon significative : pour lui le design graphique peut avoir un impact direct sur les ventes de journaux s'il est envisagé de manière globale!Ne faut-il pas reconsidérer la photographie? (à considérer encore une fois que les journaux n'y accordent pas suffisamment de place, ou pas la bonne place, ou de la place, oui, mais à de "mauvaises" photos)? N'y a-t-il pas aussi une sorte de mépris (nourri d'ignorance et d'incompréhension, de la part des journalistes pour l'image, à laquelle ils ne sont pas formés?) Comment from Gerald Holubowicz: @Elise, malheureusement je ne crois pas que ce soit un pb de place non plus. Jacek Utko, qui a fait un travail formidable, n'a pas amélioré en soit la place de l'image au sein du magazine mais le design d'une maquette en s'appuyant sur l'image pour améliorer l'expérience du lecteur (plus de place n'implique pas revalorisation). Je ne pense pas que ce soit la photographie, la déontologie ou la production qu'il faille reconsidérer. C'est avant tout le fondement de la mécanique économique qui fait fonctionner le tout. Si demain par miracle nous nous remettions a vendre des dizaines d'images par mois a $300 ou $400, vous ne trouveriez plus personne pour vous parler de la crise du photojournalisme (pas même moi ;-) C'est bien que la question centrale s'articule autour de la monetisation, de l'innovation, et des débouchés possibles pour la photographie. J'espère publier un post ce sujet plus tard dans la journée, je vous invite a y jeter un coup d'oeil. Comment from Elise Nebout: @ Gérald, La question centrale est d'innover, je suis bien d'accord, mais comment?Si je comprends bien, ce n'est pas selon vous en repensant les maquettes des journaux et la place qu'y ont les photographies (cela dit, je me demande toujours comment les revaloriser, sans forcément, comme vous le dites très bien, leur donner plus de place : cela peut-être évidemment plus subtil qu'une page entière libérée où l'on verrait une photo mais sans que celle-ci ne fasse sens!). Un journal bien maquetté, avec des photos qui font sens et qui s'articulent bien aux textes, dont la place a été intelligemment pensée, me semble susciter un vrai désir (ou plutôt répondre à un désir, ce qui est le fondement de la mécanique économique). Le désir de sens!J'imagine cela dit que vous voyez plus l'innovation du côté du numérique, point sur lequel je vous rejoins, et j'ai donc hâte de lire votre post! Comment from Gerald Holubowicz: @Elise, pour ce qui est de l'innovation, je la vois effectivement prendre place d'avantage sur le net que sur papier. Pour les details, je n'en donne pas par prudence, voulant exploiter moi meme quelques idees, mais j'ai deja livre quelques pistes. Pour ce qui est de l'utilisation de l'image en presse mag, le corolaire surface/prix n'est plus valable depuis déjà un certain temps sur le papier et n'a plus aucun sens sur le net. Une pleine page, une double ou une demi page ont perdu en moyenne 30 a 40% de leur valeur. Le Time a fait sa une plusieurs fois avec des photos Flickr libres de droit. Malheureusement le lecteur n'en sais rien et sa quête de sens se limite - légitimement - a ce qu'on lui propose, pas a ce que les magazines paient. Tout est question de seuil de tolérance et de masse critique. Nous sommes un certain nombre de photographe a fournir les agences et les magazines, si la pression devient trop forte (tolérance) beaucoup vont disparaitre (c'est déjà le cas), a un moment la masse totale de production deviendra trop faible pour maintenir la diversité et la qualité qui répondent a cette quête de sens, sans que le flux amateur ne puissent remplacer le vide créé. Deux risques: uniformisation ou/et destruction d'information.Encore une fois, la solution est au plan economique, il faut etre pragmatique sur cette question et cesser de nous disperser, c'est a ce prix qu'on maintiendra la vitalite du photojournalisme. Comment from Elise Nebout: @ Gérald, "Malheureusement le lecteur n'en sais rien et sa quête de sens se limite - légitimement - a ce qu'on lui propose", génial! Je crois que c'est là un vrai problème, et à ce propos, la député Valérie Boyer a proposé l'année dernière une loi relative aux photographies d’images corporelles retouchées afin qu'une mention précise que ces photos ont été retouchées. "L'idée n'est pas d'interdire les photos retouchées, mais bien de les signaler dans les publicités ou les magazines afin de préciser la frontière entre l'image réelle et l'image virtuelle. Il ne s'agit pas de limiter la création artistique mais de dire la vérité aux citoyens et consommateurs. Bien entendu, toute photo d'art vendue dans une galerie ou sur internet ne serait pas concernée par le dispostif. Jacques ATTALI disait à Valérie Boyer sur un plateau de télé que cette proposition retenait son intérêt car elle remettait en cause le mensonge des images. On est choqué par le mensonge des mots alors que celui des photos est permis voire même accepté et valorisé. Les français ont le droit de savoir si une photo est retouchée ou pas, si une image est le reflet de la vérité ou pas. On précise bien lorsqu'une publicité est réalisée avec trucage. Pourquoi pas une photo ? Au plan moral, doit-on accepter que l'altération devienne la règle ? Si l'objectif n'est pas une manipulation, pourquoi celà poserait problème de préciser quand une photo est retouchée ?"Pour l'instant ce n'est valable que pour les photos figurant des corps, mais je pense qu'on peut imaginer une extension. Il y a plus généralement un problème de droits, tout comme la mention "DR" pose problème pour les photographes (encore une fois, d'après ce que j'ai modestement lu ;-)Sinon, merci pour ces remarques très intéressantes! Comment from Virginie Beernaert: @Gérald : je me permet de poster ici le lien vers le dernier article de ton blog qui pose bien les termes de la recherche du futur photojournalisme. Comment from jb avril: ne pas confondre faire une image et prendre une photo :)) Comment from Franois NARBONNE-LARA: Bonjour,et merci pour ce sujet aussi intéressant qu'enrichissant.Je tiens à vous faire partager par le biais d'une anecdote, une expérience personnelle et par la même occasion j'aimerai avoir votre avis.Durant 2 années, j'ai vécu en Roumanie et en ai ramené des reportages. Retour en France, démarchage auprès des rédactions... etc... etc...Que pensez vous d'une rédactrice en chef (d'un mensuel qui a pignon sur rue) qui vous répond : "La Roumanie j'en ai rien à foutre ce n'est pas vendeur".A la suite de ceci j'ai réalisé une petite expérience (je vous passe les détails) ; et j'ai pu constater qu'entre une série de photos homogènes, soignées et bien travaillées (sur un pays sois disant pas vendeur) et un montages bidon et baclé de photos du web (sur un continent très vendeur), le mauvais boulot l'emportait haut la main !J'en ai été extrêmement désappointé... A toujours tirer vers le bas, un jour ou l'autre on touche le fond ! Comment from Philippe Lesaffre: à François : c'est l'éternelle question entre l'offre (que proposent les médias) et la demande (des lecteurs), à mon avis...La Roumanie semble si loin (ô grand malheur, ô grand désespoir) des préoccupations des Français, qui préfèrent, parfois, les sujets plus "racoleurs" qu'autre chose.... Comment from Franois NARBONNE-LARA: Et pourtant les Roumains sont nos proches voisins... Avec une richesse culturelle et historique ! Comment from Matthieu ALEXANDRE: A Philippe ! Pas d'accord ! Je ne fais pas ce métier en sous-estimant de principe le lectorat. Je me bats depuis des années contre des rédacteurs en chef en leur disant "A force de prendre les lecteurs que pour des cons, ils vont finir par l'être." Je me refuse de penser que c'est la responsabilité UNIQUEMENT des lecteurs. C'est un manque de courage des rédacteurs qui publient des sujets faciles sur des destinations sans risques (de vente entendez). Je rencontre tous les jours des lecteurs ou anciens-acheteurs de magazine, qui ne les achètent plus en disant "qu'on parle toujours de la même chose !". Le lecteur est curieux, il faut simplement que des rédacteurs en chef prennent le risque de sortir des clous et de traiter de nouveaux sujets ! On peut toujours rêver ... Comment from Matthieu ALEXANDRE: A Média2 : A quand une table ronde qui rassemble les Directeurs de rédactions ? Puisque le noeud du problème est là ! Comment from Franois NARBONNE-LARA: C'est vrai qu'aujourd'hui la presse dans son ensemble manque cruellement de diversité. Les rédactions sont frileuses, car elles doivent avant tout faire du profit. Ce que la presse a perdu c'est son indépendance quand elle est tombé aux mains des financiers.Mattieu/Média2 : Une table ronde Rédaction/Photographes/Lecteurs réserverait des surprises très intéressante. Comment from Virginie Beernaert: @François&Matthieu : très bonne idée la table ronde.Nous réfléchissons comment organiser cela en ligne sur la plateforme du site. Comment from Franois NARBONNE-LARA: @Virginie : Excellente nouvelle. Si chacun apporte sa pierre à l'édifice, peut-être arriverons nous à faire bouger un peu les choses.