L'inspiration de cette chronique est un billet récemment publié par le blogueur Eric Delattre en réponse à la crise de la presse quotidienne en France. Il y adopte le point de vue du consommateur et propose un nouveau modèle économique qui tient dans cette solution : créer un Spotify de la presse écrite. Spotify, vous savez, c'est ce logiciel d'écoute de musique qui indexe 6 millions de titres tous genres confondus. On peut aussi prendre l'exemple de Deezer. Ainsi, pour reprendre les termes d'Eric Delattre, il faudrait "offrir au travers d'une application ou un site web un accès à l’ensemble des articles, reportages et sujets traités par l’ensemble de la presse quotidienne, nationale comme régionale". Cet organisme rémunérerait en retour les journaux en fonction de l'audience de leurs contenus, très simple à mesurer sur Internet.
Aujourd'hui, les agrégateurs - car c'est bien de ça dont il s'agit - ont pleinement intégré le paysage de l'information sur le web. L'exemple le plus célèbre est Google News, on connaît aussi les Netvibes et autres Wikio, qui permettent d'organiser ses sources d'actualité. On est ici au coeur de la nouvelle façon de consommer l'information. L'utilisateur n'est plus dans une attitude passive qui consiste à lire ce qu'on lui vend ou à regarder ce qu'on diffuse sur son poste. Il choisit l'info qu'il veut avoir. Et ce qui est très important, c'est que pour avoir cette info, il fouille tous azimuts ! Finie, l'ère de la fidélité à un seul média. Le consommateur a le syndrome Google : il cherche de façon globale, en donnant leur chance à toutes les sources. Imaginons quelqu'un qui s'intéresse particulièrement à l'actualité d'un parti politique. Au lieu de devoir chercher des articles qui y sont liés dans Le Monde puis dans Le Figaro ou Libération, il préférera disposer d'un flux qui agrège les contenus publiés par tous les journaux qu'il souhaite sur ce sujet précis.
Ce type d'agrégateur, basé sur la technique du mot-clé, offre une vraie valeur ajoutée. A terme, l'internaute se constitue
son tableau de bord entièrement personnalisé, avec ici un fil d'infos générales, là des flux sur les sujets précis qu'il souhaite suivre, ou encore un fil d'actualités sur sa ville ou sa région. C'est peut-être pour cela que le consommateur
serait enfin prêt à payer. Du coup, l'idée d'Eric Delattre s'avère assez pertinente pour apporter une nouvelle source de revenu à une presse en grande difficulté mais aussi à des sites
pure players qui peinent à équilibrer leurs comptes.
Le problème, c'est que cette logique des agrégateurs chère aux consommateurs l'est beaucoup moins aux éditeurs.
Elle entre en effet en contradiction avec leur nouvelle démarche de construction de marque globale. Confrontés à la révolution numérique, les journaux cherchent aujourd'hui à se décliner sur
le maximum de supports, le maître mot étant la
fidélisation du consommateur, qui est censé payer pour retrouver son journal préféré à la fois sur papier, ordinateur, smartphone et maintenant iPad. On peut pourtant se demander si la fidélité n'est pas devenu un vain mot pour des utilisateurs devenu très
zappeurs, et on les comprend : il est toujours plus intéressant de consulter différentes sources d'information et d'effectuer un suivi des sujets qui manque cruellement aux médias. L'avenir dira si agrégateurs et marques globales arriveront à se concilier, mais en attendant une chose est sûre : aller à l'encontre des attentes des utilisateurs conduit souvent droit dans le mur...