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Les réseaux sociaux vont bientôt commencer à laisser dégouliner le politiquement correct et les rumeurs maîtrisées, les manifestes racoleurs et le surpeuplement des flux de commentaires envahis par des cohortes de militants enflammés : eh oui, parce que si l'on n'y prend garde, ils pourraient bien finir par comprendre que le meilleur moyen de museler le bon peuple, c'est de le laisser parler. Quand la conversation se transforme en foulocratie, ce n'est plus qu'un bruit inaudible - et les réseaux sociaux engorgés ne seront plus alors, dans un cinglant paradoxe, que les fossoyeurs du débat démocratique et de l'innovation sociale. Noyés dans un vacarme permanent.
Vont-ils donc y perdre leur âme ?
L'alchimie à laquelle nous tenions tant se muera-t-elle en eau de boudin 2.0 quand l'obséquieux militant s'improvisera community manager d'une cause électoraliste ?
De prime abord, la politique "2.0" signale par son suffixe une upgrade là où de nouvelles "méthodes" de manipulation vont émerger et probablement générer une régression fondamentale dans la qualité des débats.
Sous l'effet de l'affligeante naïveté qui émerge dans les conversations quand elles ne sont plus que brouhaha interactif, il se peut que nous passions encore quelques années à nous ébahir devant l'émergence d'une démocratie 2.0.
Il se peut aussi qu'une subtile forme de chasse aux sorcières n'étouffe les voix de quiconque assimilerait la vertueuse utopie d'une démocratie numérique à la médiocrité du débat généralisé s'étouffant dans les affres de sa propre infobésité.
Mais qui est-il prêt à voir cette réalité en face ?