Ecouter la radio, c'est has been. Maintenant, on la regarde ! En effet, depuis quelques années, les caméras se sont invitées dans les studios de radio, et la vidéo sur les sites des stations. Il n'y a qu'à voir le nouveau site d'Europe 1, où la vidéo est omniprésente. Au début, on ne filmait que les interviews, le but étant d'être repris par les chaînes de télévision pour s'offrir une petite pub gratuitement et de proposer l'interview en ligne et en différé à ceux qui l'ont ratée, avec l'image en bonus. Puis on s'est mis à filmer les chroniques des journalistes et des humoristes. En fait, c'est grâce à ces derniers que la "radiovidéo" ou "vidéoradio", comme vous voulez, s'est popularisée. L'exemple phare, c'est Stéphane Guillon, le comique de France Inter. Lorsqu'on va sur la page Dailymotion de la station, les 20 vidéos les plus vues sont toutes des chroniques de l'humoriste. Toutes sauf une, mais cette exception est en fait la vidéo d'une interview de Dominique Strauss Kahn réalisée en février 2009, cette interview précise où DSK déplorait la virulence avec laquelle Guillon lui avait taillé un costard quelques minutes avant ! Et ces vidéos cartonnent : certaines pointent à plus de 600 000 visionnages !
Pourquoi ce succès ? Surtout parce que le format d'une chronique ou d'une interview radio correspond au format d'une vidéo sur Internet, c'est à dire une courte durée, entre 3 et 10 minutes. Du coup, un auditeur qui a raté sa chronique préférée et qui est en train de surfer sur Internet se dit : "Tiens, et si je la regardais ? y'en a pour cinq minutes". Et puis quand on aime bien écouter Stéphane Guillon, on aime encore mieux le regarder s'agiter et faire ses mimiques devant son micro. La plus value de l'image est souvent incitative. La vidéo est aussi un moyen d'aller toucher sur le Net une audience différente, souvent plus jeune de celle qui écoute la radio. C'est cette carte qu'a joué par exemple France Info en lançant l'émission Parlons Net, animée par David Abiker en partenariat avec des sites de presse en ligne. L'émission est diffusée à l'antenne de France Info et sa version vidéo est mise en ligne sur Dailymotion, ce qui lui permet de se propager sur des sites et des blogs.
Mais dans cette histoire de radios qui se mettent à la vidéo, il y a aussi une bataille en jeu, c'est la bataille de l'information sur Internet. Dans la première phase de cette bataille, les stations de radio ont déjà loupé le coche : aucun de leurs sites ne s'est imposé dans le paysage des sites d'informations de référence, ce sont les chaînes de télévision et surtout les journaux qui leur ont volé la vedette. Du coup, prenant conscience de leur potentiel dans le domaine de l'info en temps réel, elles ont décidé de mettre leurs atouts sur la table, dont leurs vidéos.
De plus en plus, ces vidéos sont utilisées non plus seulement pour filmer les émissions, mais aussi pour apporter des contenus à valeur ajoutée sur le site. Ce sont les vidéos exclusives Web. Elles peuvent permettre d'enrichir l'information donnée à l'antenne par des images. Ainsi, la vidéo la plus vue sur le compte Dailymotion d'Europe 1 a été filmée par une caméra de surveillance et montre deux policiers pris en flagrant délit de vol dans un magasin. Ce fait divers a en fait été révélé par la radio qui a utilisé Internet pour pouvoir le montrer en images à ses auditeurs-internautes. Enfin, on utilise aussi la vidéo pour proposer des bonus comme les coulisses des émissions. Un créneau de la vidéo exclusive Web qu'Europe 1, notamment, compte développer.
Mais dans tout ça, on n'a pas beaucoup parlé de RTL, pourtant première radio de France. La raison en est simple : c'est que la vidéo ne constitue pas vraiment un axe stratégique de la station de la rue Bayard. Alors certes, on trouve des vidéos sur RTL.fr, comme l'interview de Jean-Michel Aphatie ou la chronique d'Eric Zemmour, mais l'offre reste limitée, et le site mise surtout sur le son. Tout simplement parce qu'à RTL, on considère qu'il faut préserver la part d'inconnu qui caractérise le principe même de la radio : écouter.