En février, le groupe Les Echos a achevé le plan de réorganisation de ses rédactions. Lancé en novembre 2008, ce plan était intitulé "Convergences" et il ne portait pas trop mal son nom puisqu'il s'agissait effectivement de faire converger et même fusionner les rédactions Web et papier. Cette étape de la fusion des rédactions avait eu lieu en décembre.
De façon générale, la réorganisation des rédactions des journaux est un processus fondamental dans ces "transitions" que nous étudions, transitions des médias traditionnels vers les nouveaux usages de l'information. En effet, avec la révolution numérique, les supports utilisés pour diffuser l'information se sont multipliés. Parallèlement à cela, on a assisté au déclin de la presse papier telle que nous la connaissions. Du coup, pour un journal comme par exemple Les Echos, qui veut aller chercher de nouveaux relais de croissance pour parer au déclin de sa diffusion papier, l'adaptation du fonctionnement de la rédaction est nécessaire pour décliner les contenus d'information sur différents supports. Cesnouveaux supports, ce sont le site Internet bien sûr, mais aussi le mobile avec l'avènement des smartphones, et pourquoi pas les tablettes dans un avenir proche avec la sortie de l'iPad. Dans un contexte de crise de la presse, le journaliste moderne doit donc être capable de produire non plus seulement des articles destinés à être publiés sur trois colonnes dans un journal, mais aussi des contenus adaptés à la lecture sur un écran, quel que soit sa taille.
Aux Echos, les rédactions du journal et du site Internet ne font désormais plus qu'une. Evidemment, tout ne s'est pas fait du jour au lendemain, les journalistes papier ne pouvant pas devenir en un clin d'oeil des journalistes multisupport. Pour faciliter le lien, le groupe a créé dans chaque service du journal le poste d'éditeur Web, une personne chargée de coordonner le travail des journalistes. Autre élément : chaque journaliste s'est vu équipé d'un smartphone afin de faciliter sa mobilité.
En effectuant cette réorganisation, Les Echos ont en fait pris acte de la loi Hadopi. En effet, cette loi qui a déchainé tant de passions ne concerne pas seulement le piratage sur Internet. L'un de ses volets est consacré aux droits d'auteur des journalistes, un sujet qui faisait débat entre ces derniers et les patrons de presse. La loi prévoit désormais la plus large réutilisation possible des contenus produits par les journalistes. En échange, ceux-ci touchent une prime, 600 euros par an dans le cas des Echos.
Mais le quotidien économique constitue un cas particulièrement progressiste. En effet, peu de rédactions ont franchi le pas en France. D'abord parce que les réticences se font sentir : beaucoup de journalistes sont encore trop attachés à l'odeur du papier et de l'encre pour accepter de devenir des journalistes "multimédia". Mais aussi et surtout parce que les groupes de presse naviguent à vue : réorganiser les rédactions, oui, mais comment ? Il n'existe pas de modèle unique, de formule magique, tout est à inventer. Du coup, chacun tatonne, se jauge, essaie. Sur son blog "Demain tous journalistes?", Benoît Raphaël, l'ancien rédacteur en chef du Post.fr, a récemment proposé un modèle d'organisation qu'il a intitulé la "Google Newsroom". Son originalité est qu'elle est essentiellement basée sur le réseau, et que les contenus produits sont ensuite "mis en scène", selon les termes de Benoît Raphaël, par ce qu'il appelle des "super secrétaires de rédaction", pour être publiés sur différents supports. Je vous laisse aller voir son blog pour plus de détails, mais la question est bien là : quel modèle pour adapter l'organisation du travail des journalistes aux nouveaux usages de l'information ?