Comme vous l'entendez, Steve Jobs n'était pas avare de louanges lors du show qu'il a organisé le 27 janvier dernier à San Francisco pour présenter son nouveau bébé : l'iPad. Vous devez surement savoir ce que c'est, tant le buzz est intense lorsque le gourou de la firme à la pomme lance un nouveau joujou. Si vous avez loupé un épisode, sachez qu'il s'agit d'une tablette électronique tactile qui sera lancée le 4 avril aux Etats-Unis.
Et le moins qu'on puisse dire, c'est que la presse s'intéresse à ce nouvel objet. En effet, face à l'inexorable déclin de la diffusion papier, les journaux depuis plusieurs années cherchent désespérément d'autres supports sur lesquels diffuser leurs contenus, et surtout les monétiser ! La presse a d'abord misé sur Internet et a joyeusement mis en ligne ses articles qui étaient publiés dans les éditions papier, les rendant ainsi disponibles gratuitement sur la Toile, en croyant pouvoir en tirer revenu par la publicité. Fatale erreur ! Les revenus publicitaires d'Internet sont loin de combler les coûts de production de ces contenus. Et la crise est venue accentué ce constat : l'information ne pourra pas vivre seulement de publicité.
Le problème, c'est que le mal est fait. En rendant leurs contenus disponibles gratuitement, les journaux ont renforcé dans sa conviction un public qui avait déjà été déshabitué à payer son information par la radio, la télévision et les journaux gratuits. Alors en constatant l'échec de ce modèle économique, certains sont revenus en arrière et commencent à rendre leurs sites payants. Mais cela ne suffira pas pour assurer la pérennité d'une presse qui cherche maintenant un nouveau support sur lequel elle ferait payer les lecteurs dès le début, cette fois.
C'est là qu'on comprend l'intérêt porté par les éditeurs de journaux à la tablette magique de Steve Jobs, qui pourrait être la remplaçante providentielle du papier délaissé par le public. Mais s'ils ne cachent pas leur espoir, les journaux sont quand même loin d'être euphoriques. D'abord parce que lire la presse sur une tablette nécessite tout simplement de posséder ladite tablette, qui sera vendue au prix de 500 dollars minimum. Malgré l'engouement dont fait l'objet tout nouveau produit d'Apple, pas sûr que l'iPad se répandra tel une trainée de poudre, surtout si l'on considère que le produit ne correspond pas forcément à un besoin de première nécessité. Les débuts s'annoncent donc difficiles pour les premiers qui se lanceront, d'autant qu'ils serviront de cobayes pour affiner les applications. En effet, il est hors de question de balancer des journaux en format PDF sur l'iPad, il faudra inventer une nouvelle façon de concevoir et de lire les journaux, et ça risque de prendre du temps.
Autre raison de dire que l'affaire s'annonce compliquée pour la presse : l'existence d'un puissant intermédiaire entre les journaux et les lecteurs, j'ai bien sûr nommé Apple. La firme américaine est habituellement assez généreuse sur les marges qu'elle laisse aux producteurs de contenus mais elle souhaite proposer les applications à un prix attractif afin d'assurer leur succès, alors que les éditeurs ne veulent pas brader leurs journaux. Autre pomme de discorde : la gestion de la relation directe avec les abonnés, que la presse compte bien conserver.
Autant de raisons de dire que la négociation avec Apple s'annonce serrée. Serrée et déséquilibrée. En effet, Apple est seul et c'est un géant, sans lequel rien ne pourra se faire. En face, les journaux avancent en ordre dispersé. Alors certes, aux Etats-Unis, des consortiums commencent à se former entre les éditeurs, mais l'idéal d'un interlocuteur unique face à Apple est loin d'être atteint. On voit par exemple que le New York Times discute unilatéralement avec la firme pour fixer la tarification de sa future application.
En France, l'iPad est annoncé pour fin avril, et ici aussi il suscite des espoirs : Le Monde, Les Echos ou encore La Tribune prévoient d'être fin prêts pour son lancement. Mais là aussi, si à terme ils veulent réussir à tirer profit de ce nouveau support, les éditeurs français confrontés à Apple feraient bien de se rappeler que l'union fait la force.
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