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Le 25 mars dernier, les journaux britanniques Times et Sunday Times ont annoncé que leurs contenus et l'accès à leurs sites web seront dorénavant payants. Le 29 mars, c’est au tour du Monde.fr. La prophétie Murdoch est-elle en train de se réaliser en Europe ?
Format : Podcast
 
Speakers :
Le 25 mars dernier, les journaux britanniques Times et Sunday Times ont annoncé que leurs contenus et l'accès à leurs sites web seront dorénavant payants. Le 29 mars, c’est au tour du Monde.fr. La prophétie Murdoch est-elle en train de se réaliser en Europe ?
Broadcast notes
Speakers (1)
 
Premier site d’information en ligne en termes de visiteurs, le Monde.fr change sa formule à partir du 29 mars 2010. A daté de ce jour, seuls les articles produits par la rédaction Internet seront libres d’accès. Pour ceux écrits par la rédaction papier, il faudra soit être abonnés, soit payer. Un choix qui rejoint celui du Figaro.fr : une information à trois niveaux, avec un accès gratuit pour le premier correspondant aux news, un deuxième et troisième payants et accessibles selon la formule choisie par l’internaute. Ces décisions semblent résonner comme la réalisation progressive du discours tenu par le magnat de la presse anglo-saxonne, Robert Murdoch. En août dernier, il avait déclaré que « le journalisme de qualité coûte. Et une industrie qui offre ses produits gratuitement laisse cannibaliser le bon journalisme ».

Marché publicitaire en berne

Ainsi, à partir de juin prochain, le
Times et le Sunday Times, tous deux propriétés de Murdoch deviendront payants : une livre la journée de consultation (environ 1,1 euro) deux pour toute une semaine. L’annonce a été faite par Rebekah Brooks, Pdg de News International, qui a assuré que ce choix sera également appliqué au Sun et à News of the World. Brooks considère qu’il s’agit « d’une étape cruciale pour faire en sorte que le marché de la presse redevienne rentable. Nous sommes fiers de notre journalisme et n’avons pas honte de dire qu’il a une valeur ».

Cette vague payante ne se limite pas aux Iles britanniques. Le groupe français Hersant a annoncé que les infos du site
arcinfo.ch – qui regroupe les journaux l’Express et l’Impartial- sera payant aux alentours de 2011. Le délégué général du groupe, Jacques Richard justifie ce choix : « le marché publicitaire n’est pas en mesure de couvrir les coûts d’un site Internet (…). Aujourd’hui, personne ne gagne d’argent sur Internet et il faut trouver un moyen de le rendre rentable ». Aux Etats-Unis, le marché de la publicité dans les médias s’est écroulé de 27% en 2009…difficile alors de convaincre les investisseurs.

Journaliste anglais de 63ans, vétéran de la BBC,
John Humphrys a déclaré le 26 mars dernier au Sun que : « Le bon journalisme se paye, comme l’on paie un plombier pour réparer une fuite d’eau ». Humphrys prétend dépenser chaque année, plus de cinq cents livres dans la presse. Un cas isolé alors que toutes les études démontrent que les gens achètent de moins en moins de journaux.

Google fautif

Pour beaucoup de patrons de presse, Google a une part de responsabilité dans ce déclin. Murdoch avait déclaré que l’agrégateur Google News gagnait de l’argent en utilisant gratuitement les articles des journaux. Aussi en novembre 2009, le Fédération Italienne de Editeurs de Journaux avait dénoncé Google Italia à l’autorité antitrust  en l’accusant d’abus de position dominante, créant ainsi une distorsion du mécanisme de répartition de la publicité en ligne.

En Espagne, c’est le Président de l’association espagnole d’éditeurs de presse (AEDE), Antonio Fernandez Galiano qui lâcha la 23 mars dernier que « G
oogle News change complètement les modèles économiques ». Selon lui, « le moteur de recherche profite du travail et de la crise de la presse pour multiplier ses gains publicitaires, en dépit de  la loi qui défend les éditeurs contre le fait qu’un tiers puisse gagner de l’argent  grâce aux contenus de la presse ».

Nouvel âge d’or du journalisme à venir ?

Si la presse prend conscience que la publicité seule ne les fera pas vivre, elle sait aussi qu’il faut aller plus loin dans l’évolution que le simple retour au payant. Une partie de la solution se trouve aussi dans les nouvelles technologies. Le journal espagnol El Mundo a lancé il y a deux semaines, un nouveau produit intitulé «
Orbyt ». Pour 15 euros par mois, le lecteur reçoit des contenus différenciés et pensés pour des supports comme l’I-Phone, l’I-pad, Tablet, etc.  « Les problèmes que la technologie est en train de nous poser, c’est la technologie elle-même qui va les résoudre. Je suis convaincu que tôt ou tard, nous allons vivre dans un nouvel âge d’or du journalisme et que nous recommencerons à embaucher d’avantage de journalistes », a expliqué de façon optimiste Pedro J.Ramirez, directeur d’El Mundo.

Nouveaux modèles

En France, les initiatives ne manquent pas. Sur
Rue89, un pure player créé par des anciens de Libération, on propose au lecteur d’acheter un morceau du mûr numérique, en échange de l’affichage de sa photo ou de son logo. Plus le don est grand, plus l’encadré le sera. La stratégie développée pour amener le lecteur à passer à la caisse volontairement est celui de l’identification à une communauté. Les lecteurs sont ainsi appelés les riverains et créent des comptes personnels pour commenter. Cela rappelle le modèle de l’américain Spot us ou de l’italien You Capital qui sont aussi basés sur le crowdfunding : le financement par la masse en bon français. En clair, le lecteur finance les projets selon ses centres d’intérêts. Selon les mots du fondateur de You Capital, Antonio Rossano, « la plateforme permettra aux journalistes et aux opérateurs du secteur de publier des projets, de recueillir des soutiens et surtout de trouver des financements privés ».

Plus classique, misant sur le système d’abonnement, l’ancien journaliste du Monde, Edwy Plenel a créé sur Internet
Médiapart, en 2008. Tout y est payant, hormis les blogs. Pour un coût de 9 euros, le lecteur devient aussi membre du « club ». Favorable au journalisme de qualité, Edwy Plenel souligne que son média propose « tous les éléments du contributif actuellement disponible en ligne. C'est l'idée d'un participatif de qualité. Il s'agit pour le lecteur de s'emparer de Médiapart comme un lieu de référence, pour porter lui-même les sujets qui lui importe ».

Derrière toutes ces initiatives et tous ces modèles, il faut surtout y voir des tentatives pour freiner la crise que connaît la presse depuis plusieurs années. Mais le défi reste énorme. Comment des modèles payants peuvent-ils s’imposer alors que nombres de concurrents restent gratuits. Si la radio sait vivre presque uniquement de la recette publicitaire, la télévision a, en son temps, développé un double modèle : l’un gratuit et généraliste, financé aussi par la publicité et un autre, payant, personnalisé et spécialisé, en misant sur la différenciation.

Francesca Barca
Europa451
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