Si l’on prête foi aux sondages, près de 60 % des Français ne feraient pas confiance aux journalistes. Trop puissants, trop serviles, trop dépendants, trop critiques...
Face à ce flot de reproches parfois contradictoires, la profession s’inquiète : qu’a-t-elle donc fait pour mériter un tel rejet ? Pour Jean-François Kahn, fondateur de L’Événement du jeudi et de Marianne, la réponse serait d’abord à chercher dans l’histoire du journalisme.
“Les journalistes sont meilleurs qu’il y a 30 ans, plus cultivés, plus compétents, explique-t-il, mais dans le même temps on a assisté à une réduction du pluralisme et à la professionnalisation revendiquée du métier. Résultat : l’impression que les journalistes véhiculent une pensée unique, comme on l’a encore vu lors du référendum européen de 2005.” Si l’on y ajoute leur refus de l’autocritique et l’idée répandue que le secteur est avant tout soumis aux puissances de l’argent, rien d’étonnant à ce que les journalistes aient mauvaise presse.
“Il faut aussi prendre en compte la rupture existant en France entre le peuple et les élites, ajoute Serge July, fondateur de Libération, et comprendre que le rejet des journalistes vient aussi de ce qu’ils sont perçus comme une caste assimilée à ces élites.”
Edwy Plenel, directeur de la rédaction de Médiapart, va pour sa part plus loin : “La confiance dans les médias renvoie à la question démocratique, assène-t-il. Or la France a une culture démocratique de basse intensité et quasiment pas de culture du contre-pouvoir ni de la transparence. La crise économique, industrielle, commerciale, professionnelle et morale du journalisme est la même partout, mais elle rencontre en France la crise démocratique.”